Nombo

LE BON MOUTON

02 déc. 2017 à 11h
ENTREE GRATUITE
ENDROIT : Galerie du fleuve à Saint Louis

De Ndombo Al, exposition de sérigraphies

Le bon mouton, ça veut dire le « suiveur ».
On dit de quelqu’un qu’il est un mouton de Panurge, « un bon mouton », quand il suit la masse sans prendre aucune initiative. Caractère conformiste d’une personne peut-être tributaire d’une éducation sociale qui l’incite à se laisser porter par le groupe ou le système.
C’est le contraire du lion.
Le mouton noir : expression beaucoup utilisée en Europe. A l’école, quand tu es détesté dans ta classe, on dit de toi que tu es le mouton noir…
Dans la religion aussi l’expression « bons moutons » est très utilisée. La métaphore de la brebis égarée dans la Bible renvoie à la personne qui s’est éloignée de la foi. Alors, le prophète devient un pasteur et les autres, le troupeau. Personnellement je crois que nous sommes tous des moutons égarés.
Cette série de sérigraphies sur bois est réalisée à partir d’image de Tabaski. Avec ce fort jeu de contraste, en poussant l’ombre et la lumière jusqu’à l’extrême, en enlevant la couleur, je supprime beaucoup d’informations. L’image devient plus difficile à lire et plus abstraite, les objets, les personnes, les animaux se transforment simplement en formes, toutes traitées de la même manière. Le regard ne sait plus très bien à quoi s’accrocher, on cherche à les
comprendre, à les reconnaître et ça fait regarder ces images avec un autre intérêt. Ça brouille les pistes…
Au début je me disais qu’il aurait pu être passionnant de travailler avec plusieurs couches de sérigraphies, avec deux ou trois couleurs qui se retrouveraient dans le livre, des sortes de coloriages qui ne remplissent pas vraiment de manière fidèle les formes… mais peut-être que les références au Pop art ou à trop Andy Warhol auraient été trop évidentes, c’est à dire, en posant des couleurs un peu décalées.
En enlevant la couleur, je pose aussi une esthétique assez neutre. Cela enlève la violence, les impuretés contenues dans certaines images, ça ramène tout au même niveau, cela arrondit aussi un peu les angles. La vibration de l’image produite dans les compositions les plus denses, les plus compliquées, quand on frôle presque l’abstraction, est un élément que je cherche également.
Quand on voit le mouton très clairement, ou les pots gravés, on se dit juste : Tiens ! c’est un mouton, ah ! c’est un pot, ah ! c’est un camion… Cette technique marche bien pour faire des icônes, des symboles (comme l’image sérigraphiée de Che Guevara, Bob Marley ou de Maryline…) 
En éliminant les couleurs, on associe moins directement ce travail à un travail sur l’Afrique spécifiquement. Je contourne ainsi nombre de préjugés qu’un travail aux « couleurs d’Afrique » provoque dans le regard occidental. Comme lorsque l’artiste réalise une œuvre
sur les femmes, si elle est une femme, on la taxera immédiatement de féminisme. Pour moi ce n’est pas cela qui est important. Je pense qu’il serait plus intéressant de juger les travaux de par leur valeur universelle. Même si on ignore complètement la Tabaski, on peut la comprendre à travers cette série. Et c’est cela l’essentiel.
Exposition à la Galerie du Fleuve du 2 au 28 décembre 2017

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